{"id":10750,"date":"2022-08-06T14:58:44","date_gmt":"2022-08-06T14:58:44","guid":{"rendered":"http:\/\/sarkis.test\/?post_type=texts&#038;p=10750"},"modified":"2022-08-06T16:00:58","modified_gmt":"2022-08-06T16:00:58","slug":"histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes","status":"publish","type":"texts","link":"https:\/\/www.sarkis.fr\/en\/texts\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/","title":{"rendered":"Histoire de fant\u00f4mes pour les grandes personnes"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est en Suisse et en Allemagne, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 Paris, que Sarkis expose d\u00e8s 1969 et de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Berne, B\u00e2le, Gen\u00e8ve deviennent les lieux de gen\u00e8se et d\u2019apparition de l\u2019\u0153uvre dont l\u2019exposition&nbsp;<em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/?p=2672\" target=\"_blank\">Punctum<\/a><\/em>&nbsp;d\u00e9ploie ici la cartographie<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn1\">[1]<\/a>. C\u2019est aujourd\u2019hui la premi\u00e8re fois que Sarkis parle de son rapport avec un pays. Il invite pour cela l\u2019\u00e9crivain suisse Robert Walser, trouvant dans l\u2019auteur de&nbsp;<em>Seeland<\/em>&nbsp;(1920) le compagnon id\u00e9al pour explorer \u2013 comme Walser traversant la r\u00e9gion \u00ab&nbsp;des trois lacs&nbsp;\u00bb lors de ses inlassables promenades et vagabondages solitaires \u2013 le territoire de sa m\u00e9moire. L\u00e0 o\u00f9 Walser est m\u00fb par l\u2019urgence de celui que la m\u00e9moire va quitter et la n\u00e9cessit\u00e9 vitale d\u2019en \u00e9tablir le relev\u00e9, Sarkis prend le temps de collecter, d\u2019organiser, de stratigraphier ses \u00ab&nbsp;lieux de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb. Leurs \u00e9chos m\u00eal\u00e9s nous convient \u00e0 des moments de contemplation, d\u2019effort, de repos, de solitude peupl\u00e9e de la pr\u00e9sence de&nbsp;<em>corps flottants<\/em>&nbsp;\u2013&nbsp;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/?p=106\" target=\"_blank\">Beuys<\/a>, Aram Iynedjian, Robert Kramer,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/?p=2729\">Paradjanov<\/a><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn2\">[2]<\/a>\u2013, nous incitent \u00e0 \u00e9prouver l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant, \u00e0 succomber \u00e0 l\u2019attraction de&nbsp;<em>la belle et soyeuse obscurit\u00e9<\/em><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tant le mode op\u00e9ratoire de&nbsp;<em>L\u2019Atelier depuis 19380<\/em>\u2026 install\u00e9 depuis 1994 \u00e0 deux pas, la galerie s\u2019est remplie d\u2019\u0153uvres exog\u00e8nes. Con\u00e7ues et produites en partie dans l\u2019atelier de Villejuif, elles ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9es dans l\u2019espace d\u2019exposition transform\u00e9 en atelier temporaire par des \u00e9l\u00e9ments endog\u00e8nes. Empreints des caract\u00e8res de l\u2019espace, ils impr\u00e8gnent en retour le lieu&nbsp;; ultime et n\u00e9cessaire \u00e9tape pour que l\u2019exposition prenne sa juste mesure, sa forme achev\u00e9e\u2026 pour qu\u2019elle \u00ab&nbsp;ait lieu&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1960, avec l\u2019apparition des installations, exposer revient in\u00e9vitablement \u00e0 mettre en sc\u00e8ne. Sarkis a con\u00e7u son exposition comme un montage cin\u00e9matographique d\u2019\u00e9l\u00e9ments collect\u00e9s dans ses archives et ses propres \u0153uvres : des photographies, dessins, vitraux, s\u00e9diments, bribes, r\u00e9sidus, sons, couleurs, architectures, fant\u00f4mes, l\u2019Histoire, le pass\u00e9, le pr\u00e9sent, le futur. Les photographies \u2013 m\u00e9dium qui \u00ab&nbsp;irrigue&nbsp;\u00bb toute son \u0153uvre \u2013 font r\u00e9cit, leur juxtaposition favorise chez le spectateur les analogies. L\u2019\u0153il du regardeur allume les photos, les rend au pr\u00e9sent. L\u2019ensemble constitue un v\u00e9ritable atlas de la m\u00e9moire<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn4\">[4]<\/a>. \u00ab&nbsp;\u2026Les photographies sont une des incarnations des disparus, particuli\u00e8rement les photographies les plus anciennes de ceux qui nous ont quitt\u00e9s. Quoi qu\u2019il en soit, \u00e0 travers ces images, ils ont v\u00e9ritablement pour moi une sorte de pr\u00e9sence spectrale. Et cela m\u2019a toujours intrigu\u00e9. Cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec un ph\u00e9nom\u00e8ne qui rel\u00e8verait du mystique ou du myst\u00e9rieux. C\u2019est juste le vestige d\u2019une mani\u00e8re archa\u00efque de voir les choses.<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les choses peintes sont bel et bien capables de r\u00eaver, de sourire pour elles-m\u00eames, de soliloquer ou d\u2019\u00eatre tristes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Walser l\u2019a bien per\u00e7u, les \u0153uvres s\u2019usent dans la solitude et ne cessent de se recharger dans la relation. C\u2019est un enjeu permanent que de maintenir l\u2019attention du visiteur pour \u00e9viter l\u2019indiff\u00e9rence qui r\u00e9duit les \u0153uvres \u00e0 n\u00e9ant. Elles souffrent de l\u2019absence de regard et Sarkis use de strat\u00e9gies multiples pour les maintenir dans les regards. Plac\u00e9es sur les grilles superpos\u00e9es de quatre s\u00e9choirs, les photographies semblent sortir du bain qui en a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019image. Les tirages sont d\u2019un noir charbonneux qu\u2019aucune couleur ne vient perturber. La plupart des photographies choisies \u00e9taient pourtant initialement des photographies en couleur. Il y a dans l\u2019usage du noir et blanc quelque chose qui les fige. Comme au cin\u00e9ma, le noir et blanc, introduit le flashback dans la narration, alors que la couleur ancre l\u2019image dans le pr\u00e9sent. Sarkis a une symbolique des couleurs qui lui est propre et lorsqu\u2019il utilise les tonalit\u00e9s fluo elles sont g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9es \u00e0 l\u2019enfance car ce sont des nuances r\u00e9cemment apparues dans la fabrication des couleurs. Les rehauts de peinture \u00e0 l\u2019huile sur les photographies rapatrient les images dans l\u2019instant, et produisent autour du motif un halo translucide qui ne cesse de s\u2019\u00e9tendre, comme si l\u2019aura de l\u2019\u0153uvre venait au jour.<\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre moins l\u2019objet lui-m\u00eame que l\u2019\u00e2me de cet objet qui avait \u00e9t\u00e9 peinte\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amplitude chronologique de l\u2019exposition&nbsp;<em>Punctum<\/em>&nbsp;embrasse pr\u00e8s de cinquante ans de cr\u00e9ation, soit pr\u00e8s d\u2019un demi si\u00e8cle. Clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019industrie horlog\u00e8re helv\u00e9tique,&nbsp;<em>Seeland<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Austerlitz<\/em>, les romans de Walser et de Sebald sont appari\u00e9s \u00e0 des horloges d\u00e9pourvues de trotteuses. L\u2019instant n\u2019est plus marqu\u00e9. Les r\u00e9cits se dilatent, se t\u00e9lescopent, le pass\u00e9 fait une irruption fulgurante dans le pr\u00e9sent. Les \u0153uvres pionni\u00e8res de Sarkis, visibles sur les photographies, \u00e9clair\u00e9es d\u2019un jour nouveau font retour au pr\u00e9sent. Sugg\u00e9r\u00e9s dans les \u00e9crits de Walser et de Sebald, des sauts spatio-temporels f\u00e9conds sont propos\u00e9s au visiteur. A partir d\u2019images d\u2019archives de l\u2019\u0153uvre, se fait le passage \u00ab&nbsp;de la m\u00e9moire de l\u2019\u0153uvre \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sarkis est le seul artiste vivant en France<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn6\">[6]<\/a>&nbsp;\u00e0 participer \u00e0 l\u2019exposition&nbsp;<em>Quand les Attitudes deviennent forme<\/em>, exposition o\u00f9 Harald Szeemann alors directeur de la Kunsthalle de Berne, voulait pointer \u00ab&nbsp;tout ce qu\u2019on n\u2019avait pas encore vu, tout ce qui venait apr\u00e8s le \u201dPop Art\u201c et le \u201cMinimal Art\u201d, des \u0153uvres parfaitement int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 leur entourage interrogeant le r\u00e9el et dont \u00ab\u2026&nbsp;aucun signe \u00e9vident n\u2019indique qu\u2019il faut les voir comme \u201d\u0153uvre\u201c plut\u00f4t que comme \u201cchose\u201d<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9poque pendant laquelle Sarkis \u00e9labore un vocabulaire artistique radical, en phase avec ses engagements politiques, r\u00e9alisant des assemblages faits de mat\u00e9riaux \u00ab&nbsp;pauvres&nbsp;\u00bb et industriels&nbsp;: goudron, c\u00e2bles et transformateurs \u00e9lectriques, bacs en t\u00f4le galvanis\u00e9e, tubes de n\u00e9on, caoutchouc, p\u00e2te \u00e0 modeler, feuilles d\u2019aluminium pour isoler. Il n\u2019h\u00e9site pas non plus \u00e0 employer l\u2019esth\u00e9tique militaire en utilisant de la peinture de camouflage. C\u2019est l\u2019\u00e9poque de l\u2019atelier \u00ab&nbsp;clandestin&nbsp;\u00bb install\u00e9 dans un garage de l\u2019avenue de Choisy et des sculptures cach\u00e9es de l\u2019\u00e9cole abandonn\u00e9e. \u00ab&nbsp;Mes travaux en goudron, en m\u00e9cano\u2026 vivaient dans l\u2019obscurit\u00e9 totale en mon absence. J\u2019allumais une petite lumi\u00e8re, je mettais en marche les cinq rouleaux en attente avec leur bruit de compteur t\u00e9l\u00e9phonique ou encore la petite roulette qui diffusait, par un m\u00e9tronome le rythme de mes battements de c\u0153ur. Je fermais la porte sur moi-m\u00eame.&nbsp;\u00bb Usage d\u2019une pulsation \u00e9lectrique, pour habiter l\u2019\u0153uvre mais aussi l\u2019\u00e9manciper de la pr\u00e9sence physique de l\u2019artiste. De certaines \u0153uvres, se d\u00e9gage comme un avertissement qui est l\u00e0 pour frapper, en opposition \u00e0 un art rassurant et convenu. En 1985, Sarkis expose \u00e0 la Kunsthalle de Berne&nbsp;<em>Ma m\u00e9moire est ma patrie<\/em>. Une m\u00e9moire qui cherche \u00e0 se construire et se reconstruire au travers d\u2019\u0153uvres \u00ab&nbsp;satellites&nbsp;\u00bb qui forment comme une diaspora. Exil\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 vivre \u00e9loign\u00e9 des territoires de r\u00e9f\u00e9rence autres que ceux qu\u2019il s\u2019invente Sarkis utilise des appareils photo, des bandes magn\u00e9tiques, des disques pour conserver sa m\u00e9moire. Ces \u00ab&nbsp;coffres-forts de la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, comme il les d\u00e9finit, sont constamment pr\u00e9sents dans les \u0153uvres dont ils sont des \u00e9l\u00e9ments constitutifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Des expressions, des concepts, des s\u00e9ries vont na\u00eetre successivement et s\u2019installer parfois durablement dans l\u2019\u0153uvre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Le cycle&nbsp;<em>Blackout<\/em>&nbsp;d\u00e9bute en septembre 1974 \u00e0 la Galerie Handschin de B\u00e2le et se poursuit \u00e0 Gen\u00e8ve. La s\u00e9rie qui tire son titre d\u2019une terminologie militaire \u2013 faire le&nbsp;<em>blackout<\/em>, c\u2019est faire le silence sur un sujet \u2013 est initi\u00e9e par Sarkis apr\u00e8s la crise de Chypre en juillet-ao\u00fbt 1974.&nbsp;<em>Blackout<\/em>, c\u2019est aussi l\u2019absence momentan\u00e9e de m\u00e9moire, le trou noir, d\u2019o\u00f9 l\u2019usage dans cette s\u00e9rie de goudron en rouleau, mat\u00e9riau de protection gris sabl\u00e9 qui devient noir lorsqu\u2019il re\u00e7oit de la chaleur, \u00ab&nbsp;un mat\u00e9riau qui crache son \u00e9nergie comme un dragon&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le&nbsp;<em>Kriegsschatz<\/em>&nbsp;(1976) est lui une critique de l\u2019histoire coloniale, des pillages et de la politique de conservation et d\u2019exposition d\u2019objets soustraits \u00e0 leur culture d\u2019origine et conserv\u00e9s dans des ambiances lumineuses, hygrom\u00e9triques, thermiques qui leur sont \u00e9trang\u00e8res.&nbsp;<em>Kriegsschatz<\/em>&nbsp;(Tr\u00e9sor de guerre) est un mot allemand car c\u2019est lors d\u2019une r\u00e9sidence \u00e0 Berlin que Sarkis fait le lien entre les valeurs de l\u2019art occidental et l\u2019id\u00e9ologie colonialiste. \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 qu\u2019il commence \u00e0 int\u00e9grer dans ses sculptures et ses installations des images ou des objets originaires de pays non occidentaux, extra-europ\u00e9ens, en des face-\u00e0-face qui sont \u00e0 la fois des duels et des conversations&nbsp;\u00bb. Le corollaire du&nbsp;<em>Kriegsschatz<\/em>, c\u2019est le rapt d\u2019identit\u00e9 et de sens des objets pill\u00e9s contraints \u00e0 une quarantaine esth\u00e9tique. Sarkis syst\u00e9matise sa collecte d\u2019objets qu\u2019il \u00ab&nbsp;recharge&nbsp;\u00bb par un long s\u00e9jour dans l\u2019atelier. Par la suite,&nbsp;<em>Kriegsschatz<\/em>&nbsp;se compl\u00e8te de la notion de&nbsp;<em>Leidschatz<\/em>, sous l\u2019influence d\u2019Aby Warburg qui, en 1928 d\u00e9finit le Leidschatz comme le tr\u00e9sor de l\u2019Humanit\u00e9 souffrante. Le Kriegsschatz (Tr\u00e9sor de guerre) devient alors un Leidschatz (Tr\u00e9sor de souffrance), un oxymore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Avec les surr\u00e9alistes, un objet \u201dsauvage\u201c, un dessin d\u2019enfant, un collage d\u2019ali\u00e9n\u00e9 ou un tableau de Mir\u00f3 sont \u00e9quivalents. Les surr\u00e9alistes ont invent\u00e9 le plan de continuit\u00e9 du d\u00e9sir humain. Ils ont d\u00e9couvert le point d\u2019o\u00f9 l\u2019on pouvait et d\u2019o\u00f9 l\u2019on peut encore regarder l\u2019humanit\u00e9, non plus depuis sa provenance, mais \u00e0 travers ce qu\u2019elle peut produire de formes symboliques et leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre saisies ensemble. Cela, personne avant ne l\u2019avait fait ni pens\u00e9 et personne, depuis, n\u2019en a relev\u00e9 l\u2019ambition, sauf peut-\u00eatre Sarkis.<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn8\">[8]<\/a>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Blackout et Kriegsschatz renvoient aussi tous deux \u00e0 une dialectique du visible et de l\u2019invisible. Cette dialectique est peut-\u00eatre ce que montre cette photographie d\u2019arbre qui se concentre sur la zone fronti\u00e8re entre la vie a\u00e9rienne et la vie souterraine de l\u2019arbre : le sol, d\u2019o\u00f9 \u00e9merge le tronc, o\u00f9 les racines affleurent avant de s\u2019enfoncer et de se ramifier en miroir avec les branches. L\u2019arbre est noueux, vigoureux, son tronc sombre fait ressortir les flaques d\u2019eau, t\u00e9moignage d\u2019une pluie r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Atelier depuis 19380<\/em>\u2026 est un espace qui ne ressemble \u00e0 aucun autre. Dans une cabane, construite en bois, en m\u00e9moire des cellules monacales du Couvent de San Marco (Florence), Christian Bernard invitait voil\u00e0 plus de vingt ans Sarkis \u00e0 \u00e9tablir durablement un de ses ateliers au premier \u00e9tage du Mamco. Aust\u00e8re, l\u2019espace \u00e9clair\u00e9 par la lumi\u00e8re du jour et la lumi\u00e8re des \u0153uvres comporte \u00e0 ses d\u00e9buts peu d\u2019\u0153uvres \u2013&nbsp;<em>Viola d\u2019amour<\/em>,&nbsp;<em>Ma chambre de la rue Krutenau en satellite<\/em>\u2026 et un mobilier restreint. Un rituel profane s\u2019y r\u00e9p\u00e8te chaque semaine&nbsp;: une amie de Sarkis vient fleurir l\u2019atelier. La visite et la pr\u00e9sence des fleurs gardent l\u2019atelier vivant, habit\u00e9. Le vitrail qui fait face \u00e0 la porte fait l\u2019objet, chaque d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, d\u2019une aquarelle qui reproduit le carr\u00e9 de verres color\u00e9s qui le constitue. Sarkis vient r\u00e9guli\u00e8rement travailler dans son atelier genevois. Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, l\u2019atelier a pris de l\u2019ampleur jusqu\u2019\u00e0 devenir indissociable du mus\u00e9e qui l\u2019accueille. Il s\u2019est ponctuellement d\u00e9ploy\u00e9 dans d\u2019autres espaces du mus\u00e9e pour des expositions modestes&nbsp;<em>Conversations<\/em>&nbsp;(2005), th\u00e9matiques et ambitieuses&nbsp;<em>Sculptures obscures<\/em>&nbsp;(1996),<em>&nbsp;H\u00f4tel Sarkis<\/em>&nbsp;(2011), r\u00e9activables&nbsp;<em>L\u2019Atelier d\u2019Aquarelle dans l\u2019Eau<\/em>&nbsp;(2004) jusqu\u2019\u00e0 sa renaissance en 2017 apr\u00e8s une ann\u00e9e d\u2019\u00e9clipse au quatri\u00e8me \u00e9tage du mus\u00e9e. L\u2019atelier aux proportions modifi\u00e9es vit une p\u00e9riode de pl\u00e9nitude et irradie toute l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la commande des vitraux de l\u2019Abbaye de Silvacane (2001), Sarkis ne cesse de revenir \u00e0 ce m\u00e9dium qui exalte la lumi\u00e8re et la couleur. Les vitraux expos\u00e9s repr\u00e9sentent les plans des \u00e9glises m\u00e9di\u00e9vales arm\u00e9niennes que Sarkis a arpent\u00e9s du doigt, laissant une empreinte color\u00e9e que la chimie et la cuisson des verres ont transmut\u00e9e en \u00ab&nbsp;or&nbsp;\u00bb. Leur superposition donne lieu \u00e0 un nouvel effet de stratification. La transparence des vitraux s\u2019en trouve amoindrie mais la superposition des trac\u00e9s renforce le corps de l\u2019objet, produit une forme abstraite, condens\u00e9e, somme des trac\u00e9s r\u00e9els, conglom\u00e9rat charg\u00e9 de la m\u00e9moire additionn\u00e9e des lieux travers\u00e9s par Sarkis, qu\u2019ils \u00e9voquent&nbsp;; charg\u00e9 aussi de la conscience de leur possible disparition. L\u2019ensemble \u00e9voque un memento mori et renvoie \u00e0 l\u2019image, sur l\u2019un des s\u00e9choirs, de l\u2019\u00e9glise cach\u00e9e de Yerevan, prot\u00e9g\u00e9e de la destruction durant la p\u00e9riode sovi\u00e9tique par les constructions alentours qui font rempart et soustraient l\u2019\u00e9difice aux regards. Au mur, des vitraux sont d\u00e9tach\u00e9s des autres, comme des corps singularis\u00e9s mais pourtant fortement li\u00e9s aux autres corps \u00e9clat\u00e9s de l\u2019exposition. Montr\u00e9es diff\u00e9remment, les \u0153uvres incitent \u00e0 de nouvelles analogies et interpr\u00e9tations. Sarkis, comme Walser, met du rituel et du sacr\u00e9 dans le monde. Dans leurs \u0153uvres les contraires s\u2019attirent et se touchent \u2013 chaud-froid, lumi\u00e8re-ombre, sonore-silencieux, m\u00e9moire-oubli, la temp\u00eate et l\u2019arc-en-ciel, l\u2019\u00e9quilibre et le d\u00e9sordre, le cach\u00e9 et le visible, ce qui est dans le temple et ce qui est dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 des b\u00eates broutant paisiblement avec leur idylliques clarines \u00e0 leur cou, paix, joie et libert\u00e9, harmonie et beaut\u00e9, mouvement et sant\u00e9, chalets d\u2019alpage proches ou lointains, chants d\u2019oiseaux et clair-obscur des for\u00eats, bruits, effluves et couleurs, l\u2019humain m\u00eal\u00e9, entretiss\u00e9 de divin, toutes ces choses petites et particuli\u00e8res qui son compr\u00e9hensibles, puis \u00e0 nouveau l\u2019immense, l\u2019universel incompr\u00e9hensible\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Walser ne poss\u00e9dait pas grand chose et selon Sebald, \u00ab&nbsp;Il se tint \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019Histoire et finit \u00e0 l\u2019asile&nbsp;\u00bb, renon\u00e7ant au monde. Dans ses romans \u2013&nbsp;<em>Le Commis<\/em>,&nbsp;<em>L\u2019Institut Benjamenta<\/em>,&nbsp;<em>Les Enfants Tanner<\/em>&nbsp;\u2013 Walser ne cesse de convoquer des personnages \u00e0 l\u2019existence furtive, des figures du renoncement. Sarkis r\u00e9alise en hommage \u00e0 sa tante, une \u0153uvre,&nbsp;<em>A la limite du silence<\/em>&nbsp;(1989-1990), compos\u00e9e de douze photographies couleur prises \u00e0 Istanbul, peu de temps apr\u00e8s sa mort, dans la maison qu\u2019elle habitait. Les photographies sont accompagn\u00e9es des mots en lettres de n\u00e9on, de Gilles Deleuze, pr\u00e9lev\u00e9s dans la postface de&nbsp;<em>Bartleby&nbsp;<\/em>\u2013 autre figure du renoncement \u2013 cr\u00e9e par Herman Melville. La tante de Sarkis, seule femme boucher d\u2019Istanbul, \u00e9tait \u00e0 sa fa\u00e7on une sorte de Bartleby, car \u00ab&nbsp;elle pr\u00e9f\u00e9rait ne pas&nbsp;\u00bb changer sa vie modeste, montrant une sorte d\u2019inapp\u00e9tence au changement.<\/p>\n\n\n\n<p>Walser se retranche du monde et cesse d\u00e9finitivement d\u2019\u00e9crire en 1933. Pour sa derni\u00e8re promenade, la neige a recouvert le paysage. Il y a du pathos et de la dignit\u00e9 dans son ultime portrait photographique : son corps \u00e9tendu que la neige habille d\u2019un manteau de deuil, les empreintes de ses pas toujours visibles, son chapeau, l\u2019indispensable compagnon de ses p\u00e9r\u00e9grinations, qui a roul\u00e9 non loin de son bras, comme si Walser prenait cong\u00e9 du monde en un dernier salut. Lui qui voulait \u00ab&nbsp;vaincre la gravitation&nbsp;\u00bb semble port\u00e9 par la neige qu\u2019il c\u00e9l\u00e9brait&nbsp; :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il reneigea, puis les fleurs commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019ouvrir, la montagne en \u00e9tait rouge et blanche, et les petites maisons presque enfouies sous le fastueux tapis. Pendant la nuit, la belle et bonne lune dispensait sa lueur p\u00e2le sur les arbres eux-m\u00eames blancs et d\u00e9licats.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est que parfois, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du printemps, il tombe une \u00e9paisse couche de neige qui transforme tout en une retraite hors du monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Muni d\u2019un b\u00e2ton de rouge \u00e0 l\u00e8vres, Sarkis dessine sur du papier blanc, le dernier paysage travers\u00e9 par Walser. La couleur r\u00e9chauffe l\u2019ab\u00eeme de froid glacial qui l\u2019a englouti. &nbsp;Le soleil rouge, la flamme rougeoyante, les giboul\u00e9es rubescentes, les arbres incandescents refusent de se parer de la couleur du deuil pour rev\u00eatir la couleur \u00ab&nbsp;par excellence&nbsp;\u00bb&nbsp;la premi\u00e8re couleur fabriqu\u00e9e et utilis\u00e9e par l\u2019homme, celle du sang et de la vie. Walser avait une sensibilit\u00e9 et un regard de peintre qui exultait devant la puissance des couleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le jeune vert tendre \u00e9tait comme un incendie verdoyant, un embrasement clair, souriant, un p\u00e9tillement de baisers, un d\u00e9sir juv\u00e9nile. Le bleu jetait aussi des flammes si bien que deux feux&nbsp; flamboyaient. Comme s\u2019il \u00e9tait possible de fleurir et de br\u00fbler simultan\u00e9ment\u2026<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un jour, il v\u00e9cut un magnifique orage, inoubliable, pendant lequel il observa surtout une chauss\u00e9e noir\u00e2tre qui longeait la ligne de chemin de fer et que la temp\u00eate, soulevant un tourbillon de poussi\u00e8re, balaya avec une violence stup\u00e9fiante. Toutes sortes d\u2019hommes, de femmes, d\u2019enfants se sauvaient \u00e0 toutes jambes comme devant un monstre d\u00e9cha\u00een\u00e9. Le tout, panique, poussi\u00e8re, fum\u00e9e dense, vent moite, produisait une impression grandiose et composait un tableau aussi angoissant que s\u00e9duisant. Puis un coup de tonnerre \u00e9clata, une lourde pluie s\u2019abattit sur les toits, les rues et les gens en fuite&nbsp;; des \u00e9clairs d\u00e9chir\u00e8rent le ciel, tous les environs furent brusquement plong\u00e9s dans d\u2019\u00e9tranges t\u00e9n\u00e8bres. Apr\u00e8s, toutefois, le monde eut l\u2019air plus pimpant, plus gracieux. Respirant plus librement, les gens ressortirent sur le pas de leurs portes \u00e0 l\u2019air libre, nettoy\u00e9, o\u00f9 tout brillait, d\u00e9tremp\u00e9, et faisait des signes pleins d\u2019amiti\u00e9, rues, arbres et maisons luisant et saluant gaiement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sarkis n\u2019est pas seulement un cr\u00e9ateur de formes, c\u2019est un passeur, un stalker<a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftn9\">[9]<\/a>&nbsp;qui affronte et transcende les \u00e9v\u00e9nements historiques pour \u00ab&nbsp;remettre l\u2019Histoire dans la bonne voie&nbsp;\u00bb. Un pacificateur qui \u0153uvre au d\u00e9passement des traumatismes. Avec sept tubes de peinture, dont il fait sortir la couleur par pression, il trace un arc-en-ciel au son de&nbsp;<em>Respiro<\/em>&nbsp;(Venise 2015).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p id=\"_ftn1\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Le titre de l\u2019exposition fait r\u00e9f\u00e9rence au&nbsp;<em>punctum<\/em>, d\u00e9crit par Roland Barthes dans son essai consacr\u00e9 \u00e0 la photographie,&nbsp;<em>La Chambre claire<\/em>&nbsp;(1980). Le&nbsp;<em>punctum<\/em>, c\u2019est \u00ab&nbsp;ce qui me point&nbsp;\u00bb. Le d\u00e9tail qui attire l\u2019attention, la \u00ab&nbsp;z\u00e9brure inattendue&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas compos\u00e9e volontairement, n\u2019est pas analysable. \u00ab&nbsp;C\u2019est un suppl\u00e9ment que je re\u00e7ois en pleine figure, une&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.idixa.net\/Pixa\/pagixa-0608181603.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">fulguration<\/a>&nbsp;qui fait tilt. Apr\u00e8s cet \u00e9branlement, cette explosion qui cong\u00e9die tout savoir, toute culture, tout code, la photo n\u2019est plus quelconque. Une force, souvent m\u00e9tonymique, la traverse.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn2\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;les mots color\u00e9s font r\u00e9f\u00e9rence aux \u0153uvres que l\u2019on peut voir dans l\u2019exposition&nbsp;<em>Punctum<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn3\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;Toutes les citations en italiques sont extraites du roman de Robert Walser,&nbsp;<em>Seeland<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn4\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;De 1924 \u00e0 1929, l\u2019historien d\u2019art Aby Warburg (1866-1929) travaille \u00e0 un projet d\u2019histoire de l\u2019art sans texte qu\u2019il nomme&nbsp;<em>Mn\u00e9mosyne<\/em>. Ce travail prend l\u2019aspect d\u2019un atlas inachev\u00e9 que Warburg appelait aussi \u00ab&nbsp;Histoire de fant\u00f4mes pour les grandes personnes&nbsp;\u00bb. L\u2019Atlas est fond\u00e9 sur des techniques de montage. Il regroupe dans un m\u00eame dispositif des formes de toutes cultures regroup\u00e9es selon un principe analogique. Dans l\u2019\u0153uvre de Sarkis, se trouvent de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la figure de l\u2019historien d\u2019art allemand Aby Warburg.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn5\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;Winfried Georg Maximilian Sebald (1944-2001), l\u2019un des auteurs majeurs de la litt\u00e9rature allemande contemporaine, greffait r\u00e9guli\u00e8rement de la photographie et de l\u2019archive \u00e0 ses r\u00e9cits. Sa pratique de la collection d\u2019images et du montage, ainsi que le mode de regard qu\u2019il cherchait \u00e0 d\u00e9velopper, devait beaucoup \u00e0 la peinture et au cin\u00e9ma, \u00e0 Eisenstein et \u00e0 Godard notamment.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn6\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref6\">[6]<\/a>&nbsp;Sarkis n\u00e9 \u00e0 Istanbul en 1938. Il vit \u00e0 Paris depuis 1964. Alain Jacquet participe \u00e9galement \u00e0 l\u2019exposition. Il ne vit pas en France mais \u00e0 New York.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn7\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;Quand les Attitudes deviennent forme \u2013 \u0152uvres \u2013 concepts \u2013 processus \u2013 situations \u2013information, catalogue d\u2019exposition, Kunsthalle Bern, 22.3-27.4 1969.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn8\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref8\">[8]<\/a>&nbsp;Christian Bernard, commentaire de&nbsp;<em>One More Time \u2013 L\u2019exposition de nos expositions<\/em>, Mamco, octobre 2015.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"_ftn9\"><a href=\"https:\/\/www.sarkis.fr\/histoire-de-fantomes-pour-les-grandes-personnes\/#_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;R\u00e9f\u00e9rence au film de Tarkovski,&nbsp;<em>Stalker&nbsp;<\/em>(1979). Dans un lieu qui a v\u00e9cu la guerre, il y a une zone qui poss\u00e8de une chambre o\u00f9 toutes les croyances et les d\u00e9sirs sont encore possibles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est en Suisse et en Allemagne, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 Paris, que Sarkis expose d\u00e8s 1969 et de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Berne, B\u00e2le, Gen\u00e8ve deviennent les lieux de gen\u00e8se et d\u2019apparition de l\u2019\u0153uvre dont l\u2019exposition&nbsp;Punctum&nbsp;d\u00e9ploie ici la cartographie[1]. C\u2019est aujourd\u2019hui la premi\u00e8re fois que Sarkis parle de son rapport avec un pays. 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